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Médecine Tibétaine

Nous allons tout d’abord faire un petit historique sur la médecine tibétaine. C’est une des rares médecines traditionnelles à avoir survécu pratiquement intacte depuis 2 500 ans. Exercée encore de nos jours dans les mêmes conditions qu’à l’origine et avec des résultats très positifs même sur les maladies nouvelles actuelles, cette médecine est basée sur le principe bouddhiste de l’unité corps-esprit.

Elle réunit des techniques des médecines chinoise, indienne (médecine ayurvédique), mongole, perse etc… et en a tiré un système thérapeutique d’une parfaite cohérence. La médecine chinoise s’est très largement inspirée de la médecine tibétaine contrairement à ce que l’on croit et même à l’heure actuelle, en Chine, on trouve les pilules tibétaines sous le nom de médicaments chinois.

Les enseignements originaux de cette médecine sont attribués au Bouddha Sakyamuni qui est né et a vécu en Inde il y a environ 2500 ans et s’est révélé pour les bouddhistes sous la forme du Bouddha de Médecine, SANGYE MENLA. Ces enseignements sont rassemblés dans un ouvrage appelé « LES 4 TANTRAS » ou gyu SHi. Le premier traité de médecine écrit au IV siècle après Jésus Christ a été traduit en tibétain au VIII siècle par Vairocana et complété par la suite par de très grands Maîtres de médecine, ce qui a donné l’actuel ouvrage utilisé par tous les médecins tibétains. Les élèves doivent apprendre par cœur les 59 000 vers que contiennent les 156 chapitres de cet ouvrage. Une des originalités de ce système thérapeutique, c’est que pour illustrer les cours, les Maîtres de médecine ont utilisé la parabole d’arbres, de branches et de feuilles. Cet ouvrage se divise en 8 branches :

1. Le corps qui regroupe : L’anatomie La physiologie La pharmacologie 2. La pédiatrie 3. La gynécologie 4. Les désordres dus aux influences néfastes du milieu 5. Les désordres entraînés par blessures 6. La toxicologie 7. La gériatrie 8. La fertilité et la reproduction.

L’art de guérir tibétain est une approche holistique des soins. Car selon la pensée tibétaine, la maladie est latente en chacun d’entre nous et est déclenchée par des facteurs internes même si certaines conditions paraissent êtres externes. Si les conditions étaient exclusivement externes, tout le monde aurait la même maladie face à de mêmes conditions extérieures.

Au niveau émotionnel et psychologique, la maladie est expliquée par les théories bouddhistes de l’impermanence, des trois poisons qui sont liés aux trois humeurs (le vent, le phlegme et la bile) et des 5 éléments.

Au niveau physique, les désordres sont causés par une mauvaise hygiène de vie, des erreurs diététiques et des facteurs environnementaux.

I. Nous allons tout d’abord parler du niveau émotionnel et psychologique en commençant par la théorie de l’impermanence.

Selon le bouddhisme, tout l’univers et son contenu sont perpétuellement en mouvement et en mutation et on pourrait dire que « seul le changement ne change pas ».

L’ignorance de cette impermanence est une des causes de souffrance car nous vivons comme si le changement n’existait pas, comme si nous étions éternels, comme si tout était éternel. D’une manière générale, nous avons tendance à tout ramener à notre propre personne et à vivre comme si nos expériences, agréables ou douloureuses étaient permanentes. C’est pour cela que surviennent les perturbations intérieures et que surgissent les trois poisons.

Le Bouddha a recensé 84 000 émotions perturbatrices qui peuvent donner 84 000 sortes de maladies. Mais ces 84 000 émotions ont étés condensés en 3 poisons principaux :

Le premier poison est l’AVERSION : colère, haine, rejet Le second est l’ATTACHEMENT : désir, possessivité Le troisième est l’IGNORANCE : inertie, torpeur

A ces trois émotions perturbatrices principales, on peut rajouter la jalousie et l’orgueil.

Le Bouddha a comparé ces trois poisons à un feu permanent qui consumerait l’être humain. Ils sont étroitement liés aux trois humeurs utilisées en médecine tibétaine : le vent, la bile et le phlegme.

Le vent (LOUNG en tibétain) est lié à la colère, la haine, le rejet La bile (DRIPA en tibétain) est liée au désir à la possessivité Le phlegme (BADKAN en tibétain) à l’ignorance, l’inertie, la torpeur.

Nous reviendrons plus tard sur ces trois humeurs qui sont une des parties les plus importantes de la médecine tibétaine.

Les quatre plans : physique, émotionnel, mental et spirituel sont interdépendants dans le système thérapeutique tibétain.

II. Nous allons maintenant parler de la théorie des 5 éléments que nous retrouvons dans la médecine chinoise qu’a largement inspirée la médecine tibétaine.

Cette théorie est basée sur le fait que tout dans l’univers est composé de 5 éléments énergétiques : l’eau, la terre, le feu, l’air et l’éther. Et quand on regarde les 5 éléments au niveau du corps physique, on les définit ainsi :

L’eau en rapport avec la lymphe va être à l’origine du sang et de tous les fluides du corps, mais aussi du sens du goût et de son organe qui est la langue.

La terre en rapport aussi avec la lymphe est en relation avec développement de la chair, des os, de tout ce qui est solide dans le corps. L’organe sensoriel associé à la terre est le nez, ce qui correspond à la respiration et à l’odorat.

Le feu en rapport avec la bile va correspondre à la chaleur du corps, mais aussi à la vue et à ses organes que sont les yeux.

L’air en rapport avec le souffle vital correspond à la respiration, le souffle, mais aussi à la peau et au sens du toucher.

L’éther représente tout l’espace vital et n’a pas de spécificité. Il est à l’origine de toutes les cavités du corps : les cavités externes comme les oreilles et tous les organes creux (vessie, poumon, etc..) Au niveau sensoriel, l’élément espace correspond aux oreilles et à l’ouïe.

Un corps en bonne santé implique un parfait équilibre entre ces 5 éléments.

Au moment de la mort, ces 5 éléments se dissolvent successivement les uns dans les autres.

Tout d’abord l’élément « terre » va commencer à se dissoudre dans l’élément « eau ». Ensuite, l’élément « eau » va se dissoudre dans l’élément « feu » Puis l’élément « feu » va se dissoudre dans l’élément « vent » Ensuite, l’élément « vent » ou « souffle » va se dissoudre dans l’élément « espace »

Nous revenons maintenant sur les trois humeurs qui sont le fondement essentiel de la médecine tibétaine : Le Lung ou vent, La Bile ou Dripa Le phlegme ou Badkan Les traductions du tibétain de Dripa en Bile ou Badkan en phlegme ne correspond pas à ces mots en médecine française. Chacune de ces trois humeurs est divisée en cinq branches et nous les approfondirons si vous le désirez.

LE LUNG est « un flux subtil d’énergie » qui est le plus proche, dans les cinq éléments, de l’AIR. Mais le Lung est plus subtil que l’air que nous respirons ou que le vent contenu dans nos estomacs. Les tibétains disent que le Lung est comme « un cheval chevauché par l’esprit ». Si le cheval va mal, le cavalier ne pourra pas le monter correctement. Il a pour fonction principale l’aide à la croissance, le mouvement du corps, la respiration, la séparation des aliments en nutriments et en déchets dans l’estomac. Sa fonction principale est de porter les mouvements du corps, de la parole et de l’esprit. Les maladies du Lung s’accumulent en principe au printemps, se déclarent en été et s’apaisent en automne. Sa nature est à la fois chaude et froide.

Il y a 5 Lung :

Dripa ou la bile : Cette humeur est reliée au feu dans les 5 éléments. Son action la plus importante est d’assurer la régulation thermique du corps. Elle entre dans le processus de la digestion. C’est elle qui donne faim et soif aux moments adéquats. Elle donne l’éclat de la peau et du teint. Sa nature est celle du feu brûlant ou du soleil

Il y a cinq Driba différents :

LE BADKAN ou le PHLEGME : Il est relié à la foi à l’eau et à la terre dans les cinq éléments. Sa principale fonction est de maintenir la souplesse des articulations. Il contribue au mélange des aliments dans l’estomac, il apaise l’esprit, il garde les jointures flexibles. Sa nature est froide comme l’eau ou la lune.

Il y a aussi cinq Badkans différents :

Chacun d’entre nous est influencé par les trois humeurs, avec une dominante pour l’une d’elles, voire deux et cela peu parfois changer.

Lorsque les trois humeurs sont équilibrées, les sept supports corporels sont également équilibrés.

Les sept supports corporels sont : 1. LES NUTRIMENTS ESSENTIELS de la nourriture et de la boisson donnent 2. LE SANG qui à pour fonction d’assurer l’humidité du corps et a une importance capitale pour assurer la force vitale et permettre la croissance de la chair et des 3. LES TISSUS MUSCULAIRES 4. LA GRAISSE 5. LES OS 6. LA MOELLE osseuse fournit les essences vitales du corps qui sont liées à sa vitalité 7. LES FLUIDES REGENERATEURS donnent l’éclat du corps et servent à la procréation.

Par exemple : quand on mange, la nourriture va dans l’estomac, le lung la maintien dans l’estomac, le phlegme la décompose, l’humeur Bagkan la mélange et aide à la digestion... et ce processus terminé permet à : L’essence des nutriments de former le sang L’essence du sang de former les tissus musculaires L’essence des tissus musculaire de former la graisse L’essence de la graisse de former les os L’essence des os de former la moelle Et à l’essence de la moelle de former le fluide régénérateur.

Ce processus nous montre qu’il est très important que ces trois humeurs soient équilibrées.

A partir de l’ingestion de nourriture et de boisson, il faut six jours pour que les substances régénératrices soient produites. C’est pour cela qu’en principe, on ne ressent pas immédiatement les effets d’un médicament tibétain car le remède sera assimilé selon tout ce processus digestif et les effets du médicament seront effectifs qu’à partir du sixième jour après son absorption. Les médicaments allopathiques ne suivent pas ce processus digestif complet et sont donc efficaces immédiatement. C’est la même chose avec un poison ou une drogue.

Il y a trois types de déchets qui sont à éliminer : LES SELLES qui retiennent les résidus dans les intestins pour que la nourriture partiellement digérée ne soit pas expulsée prématurément. Puis elles sont expulsées quand leur rôle est terminé L’URINE qui a le même effet pour les éléments liquides LA TRANSPIRATION qui a la double fonction de fournir la souplesse de la peau et de soutenir la croissance et la permanence des poils et des cheveux.

En ce qui concerne le deuxième niveau, le niveau physique, les influences extérieures, comme une mauvaise hygiène de vie physique, mentale ou émotionnelle peuvent causer un déséquilibre et rompre l’harmonie du corps.

Les relations de cause à effet entre la maladie et une hygiène de vie ou une alimentation défectueuse ne sont plus à démontrer, surtout dans nos pays industrialisés ou de nombreuses maladies résultent de notre peu d’attention à ces facteurs.

Les changements climatiques et les saisons sont considérés comme très importants dans la médecine tibétaine car à chaque saison correspond une spécificité énergétique pour chacun des organes. Les agressions du milieu sont aussi prises en considération lorsque, malgré un traitement correct, l’état du patient ne s’améliore pas. Mais l’apport de la médecine tibétaine, pour nous occidentaux, c’est l’importance qu’elle accorde aux facteurs psychiques et karmiques dans le déclenchement des maladies.

Nous allons parler maintenant du DIAGNOSTIC

Celui-ci s’appuie sur trois méthodes principales qui sont l’observation, la palpation et l’interrogation. Ces trois savoir faire sont basés sur la VUE, le TOUCHER et l’ECOUTE.

1. Le médecin observe le patient et examine l’aspect du malade, sa couleur, les sécrétions, l’urine les yeux et la langue. Il s’agit là d’un savoir faire basé sur la vue 2. La palpation concerne le contact digital du malade : elle peut donner des indications sur sa température. La palpation des pouls liés à chacun des organes, qui est fondamentale et demande des années de pratique. Il s’agit là d’un savoir faire basé sur le toucher 3. Lors de l’interrogation du patient le médecin pose des questions sur son mode de vie, sur ses habitudes alimentaires sur les symptômes de la maladie et sur son origine. Il s’agit là d’un savoir faire basé sur l’écoute

LES SOINS

Nous terminerons ce bref exposé par les thérapeutiques appliquées en médecine tibétaine :

La première chose qu’adoptera le médecin tibétain sera de proposer un régime alimentaire sain et adapté et il proposera d’observer un style vie harmonieux associé à des médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle puis, si l’effet se fait attendre, le thérapeute proposera des méthodes d’éliminations telles que l’acupuncture, la moxibustion et si cela ne suffit pas, la chirurgie.

1. L’alimentation.

Trois chapitres complets du gyu SHI sont consacrés à l’alimentation. Il y est expliqué comment manger sainement, quelles quantités absorber, quelles variétés d’aliments sont à privilégier selon les différentes maladies et les différentes saisons.

2. L’hygiène mentale, physique et émotionnelle.

Elle permet de retrouver plus rapidement ou de garder une parfaite santé. En respectant les rythmes des saisons et les comportements qui y correspondent, en satisfaisant les besoins de manger, de boire, les besoins naturels comme bailler, éternuer, uriner, sans tenter de les réprimer, on évite des perturbations sources de maladie.

3. La pharmacopée tibétaine.

Elle a une importance capitale dans la guérison. Les médicaments se composent de poudres, de pilules dont les fameuses pilules précieuses, toutes les pilules sont fabriquées à partir de plantes, de minéraux, de métaux précieux et parfois de certaines substances animales. Il est courant de trouver 30 à 50 substances dans un médicament, voire plus. Les pilules sont fabriquées dans la plupart des cas de façon artisanale et les médecins accordent beaucoup d’importance à la pureté de leur esprit et au maintien d’une intention de guérison pendant toute la préparation de leurs remèdes et pendant l’examen des patients.

4. La méditation. Quand le médecin s’adresse à un patient pratiquant bouddhiste, il peut lui demander, pour favoriser la guérison, d’effectuer des pratiques spécifiques : méditation, récitation de mantras, actions positives pour effacer un karma difficile qui entretient ou aggrave la maladie.

L’intention des médecins tibétains est de guérir les maux du corps et de l’esprit de tous les êtres et leur implication est telle qu’il n’est pas rare de voir ces médecins travailler sans relâche et sans pause tant qu’il y a du monde à soigner dans leur dispensaire.

Cette médecine pourrait disparaître si nous n’agissons pas car les Maîtres de médecine comme Kyabjé TROGAWA RINPOTCHE ont maintenant disparu et les plantes médicinales tibétaines sont en voie de disparition à cause de l’invasion chinoise et de l’intérêt de plus en plus grand des trusts pharmaceutiques occidentaux. C’est la raison pour laquelle, sous l’influence de Kyabjé TROGAWA RINPOTCHE, de jeunes médecins sont formés à Takdah près de Darjeeling en Inde du nord. Ces médecins pourront assurer la relève et Kyabjé TROGAWA RINPOTCHE, avant sa mort, nous a demandé de les parrainer et de vous sensibiliser aux causes des tibétains et de leur médecine.



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